obstiner

obstiner (s') [ ɔpstine ] v. pron. <conjug. : 1>
• 1531 ; lat. obstinare
Se montrer obstiné, se comporter avec obstination. se buter, s'entêter, persévérer, persister. Il s'obstine dans son idée (cf. Ne pas en démordre). « le silence où tu t'obstinais » (F. Mauriac). « Je m'obstinais à les trouver belles » (Rousseau). Absolt Je lui ai dit non, mais il s'obstine. insister. ⊗ CONTR. Céder.

obstiner (s')
v. Pron. Persister opiniâtrement. S'obstiner dans son erreur. S'obstiner à faire qqch.

⇒OBSTINER, verbe trans.
I. Emploi pronom.
A. —[Le suj. désigne une pers.] S'attacher fermement, envers et contre tout, à une idée, à une résolution, à une tâche; persister dans une attitude. Synon. s'acharner, s'entêter, s'opiniâtrer (moins usuel), persévérer.
[Avec compl. prép.]
S'obstiner à, de (vieilli) + inf. Un verre d'eau froide qu'elle s'obstina de boire (MICHELET, Journal, 1849, p.34). Les chromosomes (...) que beaucoup de cytologistes s'obstinaient à considérer comme des grumeaux sans importance ou comme des «artefacts» dus à l'action des fixateurs ou des colorants (CUÉNOT, J. ROSTAND, Introd. génét., 1936, p.81). Qu'est-ce que j'ai vraiment à m'obstiner de vivre Quand je n'ai plus sur moi que la couleur du givre (ARAGON, Rom. inach., 1956, p.235).
S'obstiner à, dans, en faveur de, contre, sur + subst. Harcelé d'interrogatoires, (...) Cabuche s'obstinait à sa version première (ZOLA, Bête hum., 1890, p.266). Elle attendait de moi une parole de soumission, une promesse. Mais je m'obstinai dans le silence (LACRETELLE, Silbermann, 1922, p.145). Ce n'est pas toujours en s'obstinant sur une difficulté et en s'y achoppant, qu'on en triomphe (GIDE, Journal, 1924, p.791). Vous poursuivez une gloire classique. Il en existe une autre: la gloire obscure. C'est la dernière ressource de l'orgueilleux qui s'obstine contre les astres (COCTEAU, Machine infern., 1934, 3, p.107).
[Sans compl. prép.] Je refusai, il insista, je m'obstinai, il s'acharna avec une telle peine, un tel désespoir sincère, (...) que je finis par céder (MAUPASS., Contes et nouv., t.1, Colp., 1890, p.1170):
♦ La guerre nous enserre de tous les côtés. Le cercle se rétrécit. La Russie s'obstine, l'Allemagne aussi... Dans chaque pays, le pouvoir s'entête aux mêmes offres dérisoires, aux mêmes intransigeances, aux mêmes refus...
MARTIN DU G., Thib., Été 14, 1936, p.464.
B. —[Le suj. désigne une chose] Rare. Le ciel gris s'obstine (JAMMES, Corresp. [avec Gide], 1896, p.76).
En partic. [Le suj. désigne une maladie] Si votre rhume s'obstinait (...) et que votre bruyante haleine par secousse en sifflant s'exhalât avec peine, soyez sans crainte (FLAUB., Corresp., 1866, p.231).
II.Emploi trans., littér., région. (notamment Canada) ou vieilli
A. —Soutenir avec obstination.
1. Qqn obstine qqc. à qqn. Il m'a obstiné qu'il faisait beau hier (DIONNE 1909).
2. Qqn obstine qqc. Devant ce refus qu'il savait inéluctable, Malatesta obstina son constant désir (PÉLADAN, Vice supr., 1884, p.48).
Emploi abs. Je te dis que c'est la pure vérité! Obstine pas (DIONNE 1909).
B. Emploi factitif. Rendre buté.
1. Qqn obstine qqn. Voyons, jeune homme, est-ce vous qui obstinez votre père? ce n'est pas bien, cela! (SAND, Compagn. Tour de Fr., 1840, p.49).
2. Qqc. obstine qqn. Je n'osai le faire remarquer à Jacques aussitôt, connaissant son humeur et le tenant pour un de ceux que la discussion ne fait qu'obstiner dans son sens (GIDE, Symph. pastor., 1919, p.916).
REM. Ostiner (s'), astiner (s'), verbe pronom., région. (Canada). [Le plus souvent avec compl. prép.] Var. de s'obstiner (supra I A). Si tu t'ostines à faire la tête de bois, Magnus! (G. DUFRESNE, Docile, 1972, p.51 ds Richesses Québec 1982). Au pays de la Sagouine, on s'engueule, on s'astine, ça fait partie du commerce (A. MAILLET, Par derrière..., 1972, p.32, ds Richesses Québec 1982). Arrêtez donc de vous astiner sur vos origines (...). Le monde a d'autres chats à fouetter (J. BARBEAU, Le Chant du sink, 1973, p.21, ds Richesses Québec 1982).
Prononc. et Orth.: [], (il s')obstine []; pour [-] v. obstiné. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. Verbe pronom. 1. 1531 «persévérer dans son entreprise sans se laisser détourner par qui ou quoi que ce soit; persister, ne pas céder» (EST.: (...) Se obstiner); 2. a) 1559 s'obstiner à + inf. (AMYOT, Anton., 50 ds LITTRÉ); b) 1636 s'obstiner de + inf. (MONET); 3. 1603 s'obstiner à + subst. (DESPORTES, Psaumes, 35 ds HUG.). B. Verbe trans. 1. 1535 «faire qu'une personne s'attache avec ténacité à quelque chose» (OLIVETAN, trad. de la Bible, Neuchâtel, Exode, 14, f° 20 v° D); 2. 1555 «buter quelqu'un en le contredisant» (DES PÉRIERS, L'Andrie, I, 5 ds OEuvres fr., éd. L. Lacour, t.1, p.214). Empr. au lat. class. obstinare «vouloir quelque chose d'une volonté obstinée, opiniâtre». Fréq. abs. littér.:1047. Fréq. rel. littér.: XIXe s.: a) 1210, b) 1381; XXes.: a)2211, b) 1348.

obstiner [ɔpstine] v. tr. et pron.
ÉTYM. 1535; lat. obstinare « vouloir de manière opiniâtre ».
1 Vx. Faire en sorte qu'une personne s'attache avec ténacité à une résolution. || Il suffit qu'on nous contredise pour nous obstiner davantage (Bourdaloue, Pensées, II, p. 483).
2 (Fin XVIe). Vx. (Encore chez G. Sand). Buter (qqn) par des contradictions.
——————
s'obstiner v. pron.
(1538). Mod. Se montrer obstiné, faire preuve d'obstination. Acharner (s'), aheurter (s') vx, buter (se), entêter (s'), insister, opiniâtrer (s') vx, persévérer, persister, résister. || S'obstiner dans une attitude. || Le silence où il s'obstine. || « Quoi ! dans leur dureté, ces cœurs d'acier (cit. 4) s'obstinent ! » (Corneille). || S'obstiner dans une idée (→ Chagrinant, cit.), dans ses projets.S'obstiner contre qqch. || Elle ne s'obstinera pas, contre ma volonté, sur un détail de procédure (→ Mesquin, cit. 3).S'obstiner à (n. ou inf.). || « Ce cœur impitoyable (cit. 1) à ma perte s'obstine » (Corneille). || S'obstiner à faire une chose (→ Farder, cit. 3).Absolt. (→ Hasarder, cit. 9).
1 — Voilà sept ans que vous avez droit à la retraite ! sept ans que vous vous obstinez à ne pas la prendre !
Courteline, Messieurs les ronds-de-cuir, IVe tableau, I.
2 L'esprit qui s'obstine finira par plier les choses à son idée, au lieu de régler sa pensée sur les choses.
H. Bergson, le Rire, p. 143.
3 Il est inutile (dans l'étude du piano), fâcheux même, de s'obstiner trop longtemps de suite sur un même passage. Mieux vaut y revenir et souvent; c'est à cela que se reconnaît la vraie patience.
Gide, Journal, Samedi, févr. 1916.
4 (…) le silence où tu t'obstinais touchant notre ménage, notre désaccord profond.
F. Mauriac, le Nœud de vipères, I.
CONTR. Capituler, céder, consentir, repentir (se).
DÉR. (Du même rad. lat.) Cf. Obstination, obstiné.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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  • s'obstiner — ● s obstiner verbe pronominal (latin obstinare) S attacher avec ténacité, avec opiniâtreté à quelque chose sans se laisser détourner : S obstiner dans son refus. ● s obstiner (synonymes) verbe pronominal (latin obstinare) S attacher avec ténacité …   Encyclopédie Universelle

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